L'histoire

A : L’endroit… ?
B : un pays… ;
A : un pays … ton pays ?
B : non …non…heureusement.
A : les personnages ?
B : lequel ?
A : bah le héros… ?
B : Dans l’histoire le héros c’est le méchant…
A : donc les autres c’est les gentils ?
B : Bah pas tous… il y en a ce sont des soldats…
A : pourquoi des soldats ?
B : parce que c’est une dictature ce pays…
A : Une dictature… c’est quoi une dictature ?
B : c’est un endroit où tu n’as pas le droit de penser librement…
A : ça n’a pas l’air bien la dictature…
B : Bah ça dépend pour qui …
A : comment ça ?
B : pour les dictateurs c’est plutôt pas mal…
A : t’en connais un toi ?
B : non mais Nicolas lui, il en connaît un, il travaille même pour lui…
A : c’est qui Nicolas ?
B : c’est le héros de l’histoire…


Notes d'intention

Avec Pinter, l’important se trouve souvent dans les non-dits…
A la lecture de cette pièce, il apparaît que Nicolas, le personnage principal, réalise tout au long de l’histoire une véritable performance d’acteur. Comme le comédien le ferait pour emmener le spectateur là où il veut l’emmener, il manipule l’esprit de Victor avec une aisance qui frôle le génie.
À partir de là en renforçant le côté exubérant de ce personnage on accentue aussi le parallèle entre la dictature politique et la dictature des médias. A une époque où la télévision est une arme politique redoutable, cela paraît plus qu’intéressant. Une mosaïque d’écrans regroupant des images des journaux du monde entier mêlés à des images de vidéo surveillance se fondra parfaitement dans l’atmosphère « spectacle » de la pièce.
Nicolas mènera ses interrogatoires de manière enjoués, installant une sorte de bonne humeur, malgré une situation extrêmement malsaine et tragique.

Benoit Badin