L'histoire

Article 4, alinéa 7, Chapitre XXIII de la Règle de vie du bureau 49, département 12, section 123, bi-secteur 37 : « Des malaises graves et de l'évacuation des macchabées. Toute personne surprise morte ou sur le point d'expirer doit faire l'objet d'une demande d'évacuation en un unique exemplaire. Cette demande est à la charge du supérieur direct et doit être effectuée sous un délai de 36 heures. »


Notes d'intention

Mr Flitz, contremaître du bureau, s'oppose à Mr Plock, nouvellement recruté. Mr Flitz est un admirateur de La Règle, celle qui régit les postes, les fonctions et les attributions de chacun. Pour lui elle est la seule garante de la pérennité et de la stabilité de l'entreprise. Mr Plock ne veux pas abolir La Règle, mais simplement la modifier pour la rendre plus humaine et surtout moins absurde.
L'environnement de travail exposé sur scène parle de lui même : Trois personnes occupent trois bureaux, situés chacun à une hauteur différente. Le chef, Mme Masch, étant en haut, le contremaître, Mr Flitz au milieu et le nouvel employé, Mr Plock, tout en bas. Malgré la proximité de ces trois espaces, la Règle interdit formellement d'interpeler un de ses collègues. Si on veut communiquer, on doit passer par le téléphone, et allumer sa lampe pour parler. Sans ces deux formalités, les autres n'ont pas le droit de vous écouter. La circulation dans l'espace est elle aussi réglementé et on ne peut s'en écarter. Toutes ces règles sont plus absurdes les unes que les autres et ne semblent pas optimiser la productivité. Mais le système fonctionne. Jusqu'à présent.
Cette impossibilité de communiquer dans un open space qui ne laisse aucune place à l'intimité est ici présentée avec humour mais elle représente surtout une déshumanisation de l'individu dans son travail quotidien. Les employés ne sont présents que pour accomplir leurs tâches et rien d'autre. Il ne doivent pas poser de questions, et on ne leur en posera pas. L'individu n'a pas d'autre choix que d'accepter et d'embrasser la Règle si il veut survivre dans cet espace de travail, sous peine d'être limogé. Le seul endroit où nos employés peuvent se relaxer est les toilettes. Nous sommes alors dans un espace lumineux différent qui isole les toilettes du reste du plateau. Dans cette espace, l'état d'esprit de chacun est explicité par une musique ou un son. Quand Mr Plock devient le chef du bureau (simplement en s'asseyant au bureau du haut), rien ne change sur le plateau, le quotidien de l'entreprise n'est pas bouleversé pour autant. Et c'est précisemment de là que ressort l'absurdité de la situation. Le travail continue quelque soit la personne en charge.
C'est le choc entre les idées de Plock afin d'améliorer le quotidien de ses collègues et le fanatisme de Flitz et de Masch qui va altérer leur comportement. Masch va sombrer dans la déprime et faire voler les précieuses fiches à travers l'espace, Flitz retiendra autant qu'il peut ses pulsions meurtrières et Plock se débattra contre ce système trop bien établi. Mais le bureau, lui, demeure et demeurera toujours.
En substance, c’est la bataille du Dogme archaïque tout puissant contre la nouveauté et l’innovation. Le problème n’étant pas de savoir s’il faut des règles ou non, mais bien la capacité à les remettre en question.

Sylvain Porcher